Democratization of business and ecological reorientation. An economic investigation of the interdependencies between corporate governance and ecological investments

Magali Savès (2025)
Thèse en sciences économiques, soutenue le 12 novembre 2025, université de Lille
PhD thesis in economics, University of Lille
Jury :
Julie BASTIANUTTI, Maîtresse de conférences à l’Université de Lille – Co encadrante de thèse
Valérie BOISVERT, Professeure à l’Université de Lausanne – Examinatrice
Nicolas POSTEL, Professeur à l’Université de Lille – Co directeur de thèse
Antoine REBÉRIOUX, Professeur à l’Université Paris Cité – Rapporteur
Blanche SEGRESTIN, Professeure à Mines Paris PSL – Rapportrice
Richard SOBEL, Professeur à l’Université de Lille – Examinateur
Résumé. Cette thèse interroge le rôle de la démocratisation d’entreprise dans la réorientation écologique des investissements productifs.
Adoptant les postulats de l’approche conventionnaliste et de la socio-économie écologique, nous définissons comme écologique tout investissement qui transforme les activités productives pour respecter les limites de la biosphère, tout en reconnaissant que ces limites sont le produit d’une construction collective issue de la délibération entre acteurs et actrices économiques.
En comparant les conséquences macroéconomiques potentielles d’une réorientation écologique par le marché, par l’État ou par la voie des communs de production, nous montrons que cette dernière a le potentiel de concilier enjeux sociaux et écologiques dans une logique de double réencastrement de l’économie. La réorientation écologique de l’activité économique s’articule avec une refonte profonde des rapports productifs replaçant au cœur des entreprises la délibération sur la finalité de leurs investissements.
Nous explorons empiriquement les mécanismes reliant démocratisation et écologisation de l’entreprise. Nous menons tout d’abord une analyse économétrique fondée sur des données d’enquêtes publiques, afin de modéliser l’influence de diverses modalités de démocratisation de l’entreprise sur l’engagement et l’intensification de ses investissements écologiques. De façon contre-intuitive, l’intégration des salarié·es dans les structures décisionnelles présente une corrélation non significative, voire négative, avec l’investissement écologique. Cet effet est toutefois amélioré par la présence d’outils de gestion durables, dont nous estimons qu’ils jouent le rôle de coordination propre aux investissements de forme (Thévenot, 1986).
Pour dépasser les limites du traitement statistique, nous cherchons ensuite, par une étude qualitative compréhensive, à identifier les ressorts et conditions d’une écologisation de l’activité productive provoquée par les mécanismes de démocratisation des trois pouvoirs de gouvernance d’entreprise (Gomez, 2024). La démocratisation du pouvoir exécutif permet l’écologisation à condition que les temps de formation et de participation des salarié·es soient inclus dans le périmètre de leur travail, que des dispositifs de formation et de reconnaissance améliorent leur sentiment de légitimité, et que leur raison pratique ne soit pas étouffée par des contraintes de rentabilité imposées par le pouvoir souverain. La démocratisation de ce dernier apparaît comme une condition fondamentale d’un réencastrement socio-écologique. Elle assure les conditions d’une discussion éthique, nécessaire à la construction collective de ce que devrait être une orientation écologique. Enfin, le pouvoir de surveillance, même démocratisé, s’engage dans une réorientation écologique uniquement dans des situations d’effondrement menaçant l’entreprise et ses emplois.
Notre étude révèle que les processus de démocratisation et d’écologisation sont étroitement liés et se renforcent mutuellement. L’engagement écologique des entreprises, quelle que soit sa motivation première, les amène à reconsidérer la place des salarié·es dans les processus décisionnels, à étendre le dêmos considéré dans le « collectif » au-delà des frontières de l’entreprise et à se doter de normes de gestion pour encadrer le pouvoir exécutif. Ce processus de démocratisation renforce à son tour l’investissement écologique. La démarchandisation de la biosphère et la démarchandisation du travail apparaissent ainsi interdépendantes.
Ces résultats invitent à enrichir notre représentation de l’entreprise et d’une gouvernance démocratique, mettant au cœur de la réflexion les notions de commun et de territoire. Sur cette base, nous esquissons des dispositifs institutionnels capables de représenter les interdépendances écologiques et de les inscrire au cœur des décisions économiques, en coordonnant différentes organisations au sein d’un même socio-système écologique selon un principe de réciprocité
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GdL (26 novembre 2025). Démocratisation de l’entreprise et réorientation écologique. Une enquête économique des interdépendances entre gouvernance d’entreprise et investissements écologiques. Économie des conventions. Consulté le 6 octobre 2026 à l’adresse https://doi.org/10.58079/1584l